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Hum oui, parlons-en ! Et d’abord qui est concerné par cette appellation ? En principe, toute la communauté homosexuelle devrait l’être. Mais en réalité, que nenni, je ne sais pourquoi mais avec le temps le terme « gay » ne concerne plus, en majorité,  que les homosexuels au détriment des lesbiennes.

Qui sommes-nous ? Nous, les gays, les homos, les pds, les invertis, les tafioles et autres  tarlouzes, surnoms dont on nous affuble régulièrement.

Dans la vision populaire : Nous détestons les femmes parce que nous les envions. Nous ne pouvons qu’être des pervers guidés par nos sens qui aiment se faire, désolé du peu, «mettre» par tout ce qui bouge du moment que ça ressemble à une queue. D’autre part et pour faire bonne mesure, nous ne sommes pas en reste. Compte tenu de notre libido exacerbée, nous aimons, nous aussi, et pour certains, enculer tout ce qui bouge et porte une queue de préférence.

Ce qui est pénible dans ce constat c’est que l’on nous déni  tous droits à des sentiments, à des émotions sincères. Nous ne serions guidés que par des pulsions, que par notre cul. Il ne nous est reconnu à tort ou à raison qu’une certaine sensibilité, certaines dispositions à créer des modes. Notre engouement pour la décoration, le stylisme, notre sens de la fête, etc….Il nous est reproché sans contestation possible notre couardise, notre perversité (mais ça je l’ai déjà dit),  notre superficialité, notre  frivolité, notre inconséquence et le fait que nous soyons tous riches….

La visibilité gay se résume à quoi au juste ? La Gay Pride ? Pour certains ce sera le look toujours à la pointe mode (que nous aurons créée bien entendu), la gestuelle exubérante et le verbe haut perché, notre propension à parler chiffons et à jouer les commères, le tortillement du croupion et la lueur dans le regard dès que nous rencontrons un homme susceptible de nous intéresser. Pour d’autres, ce sera  notre obstination à vouloir créer des quartiers gays en vue de copier sur l’idéalisé quartier de Castro à San Francisco, Mecque de la gaypédétude où converge tous les homosexuels (les) Européens.

Et bien non, en ce qui me concerne, je réfute tous ces clichés dont on nous gratifie. Il y a parmi nous, le même échantillonnage de population que parmi les hétéros. Bien sûr et comme chez vous hétéros, il y aura des mecs qui ne penseront qu’à leur cul, qui seront exactement ce que vous abhorrez. Mais pour une minorité, combien d’autres seront en parfaite symbiose avec eux-mêmes et avec les autres.

Beaucoup, dont moi-même, aimeraient que l’on voie en eux leurs propres défauts et qualités et non ceux dévolus à une communauté particulière. Nous ne formons pas une masse compacte. Comme vous, nous avons des haines et des passions, des sentiments pour nos partenaires, nos compagnon ou ceux en passe de le devenir. Ce qui vous fait mal, nous le fait aussi. Comme vous nous aspirons à vivre tranquillement  notre vie, avec nos ambitions, sans être montrés du doigt ou regardés avec suspicion. Nous aimerions ne pas avoir à subir vos histoires de pd lorsque nous sommes entre collègues, entre copains. Que vous arrêtiez de vous imaginer que parce que vous êtes un mec et que vous côtoyez sur votre lieu de travail ou autres, un pd il va obligatoirement vous faire du gringue, voire vous sauter dessus (un peu de modestie, ne ferait pas de mal à certains).

Toutes ces possibilités nous les retrouvons dans les quartiers que nous « colonisons », que nous nous attachons à rendre accessibles en visibilité à notre communauté, et aux autres.  Dans ces magasins où nous pouvons choisir, en couple de même sexe, sans avoir à affronter le regard inquisiteur, interrogateur puis moqueur du vendeur. Où nous n’avons pas besoin de chuchoter, mais où nous pouvons parler ouvertement entre nous et avec le vendeur du pratique et du confort d’un lit deux personnes avec deux matelas au lieu d’un seul. Nous pouvons aller jusqu’à l’essayer, sans choquer, sans provoquer l‘hilarité (autre que celle de la difficulté à se relever). Idem en ce qui concerne les ustensiles de cuisines ou l’un de nous, voire les deux pourront s’extasier sur la modernité et le design sans que cela paraisse incongru. Quant aux vêtements, quel plaisir de chercher et de décider à deux le style qui nous mettra (nous et notre compagnon) en valeur. A se faire montrer et choisir ensemble ou séparément les dessous affriolants que l’on aimerait porter ou voir porter par notre compagnon du moment. Car seul un quartier résolument gay nous permet d’accéder à ces petits plaisirs de la vie, sans gêne et sans honte.

Nos joies sont similaires aux vôtres. Elles consistent à pouvoir afficher l’amour que nous portons à notre compagnon, nous promener en nous tenant la main, oser un baiser et ce, sans  risquer de rencontrer des regards désapprobateurs ou pire des insultes et des coups. Dans ces magasins créés souvent par nous et pour nous, nous nous sentons bien, quoi de mieux ? Nous sommes nous-mêmes, sans masque. Pas besoin jouer les folles furieuses, et d’ailleurs,  pour qui ? Dans quel but ? d’autres gays ? Le public des hétéros de passage ? Nous laissons cela aux «touristes».

Pour ma part, je suis un gay, vivant en couple marié. Je me refuse à être une «honteuse» (sans pour cela céder à l’appel de l'exhibitionnisme),  à vivre caché dans l’angoisse d’une hypothétique découverte de mon homosexualité. Je revendique le respect, l’indifférence et/ou un certain anonymat dans ma vie privée (à défaut d’égalité en pays dit laïc mais où les partis pris de l’église ont fortement leur place). J’aime me promener, flâner, m’étonner de notre visibilité dans des quartiers dît gays. J‘aime que le drapeau de notre liberté y flotte pour signaler que nous sommes les bienvenus dans cet endroit plutôt que dans un autre. 

Nous avons aussi nos endroits réservés où se rencontre quelques initiés tels, pour les plus gentils : les hammams,  les saunas. Pour les plus âgés d’entre-nous qui ont connu la répression : les bosquets des jardin public, les bois. Pour les « durs » les boites cuirs avec  sling et autres joyeusetés.  En somme un Pigalle reconstitué ou seuls les hommes sont acceptés.

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