SkoptsySi j'en parle c'est que cette secte qui a pris naissance en Russie et en Europe Centrale au XIIIIème siècle, est peu connue, et à l'exemple des bogomiles de Bulgarie, se castrent au nom de Jésus.

L'histoire :

Le fondateur de la secte : André Ivanov est un paysan qui recrute 13 disciples et les castre lui-même. A ses yeux, le lavement des pieds de Jésus n'a comme signification que son émasculation. D'ailleurs, Jésus  lui-même aurait châtré ses apôtres.

Cependant, le véritable animateur de ce mouvement est Kondrati Selivanov. Prenant lui aussi ses références dans la bible. Il prêche que la vie est un mal incurable et qu'il faut en détruire la source. Appuyant ses sermons sur les textes évoqués par les chrétiens primitifs, les skoptzy considèrent l'acte de chair comme le plus abominables des pêchés, la "clé de l'abîme".

La mutilation sexuelle devient ainsi l'article fondamentale de leur foi. Dieu m'a envoyé sur Terre Selivanov, réincarnation de la divinité, que pour soumettre les hommmes à la castration. Les skoptzy pensent que le temps du bonheur universel, c'est-à-dire le règne des châtrés, s'ouvrira lorsque leur nombre atteindra 144 000, suivant les prédictions de l'Apocalypse de Saint-Jean. Alors, le "Sauveur" reviendra occuper le trône de toutes les Russies et ouvrira le Jugement dernier en opérant la castration. En effet, on peut lire au chapitre XIV, verset 4 et 5 : "les cent quarante quatre mille qui ont été rachetés de la Terre, ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes car ils sont vierges. Ils ont été rachetés d'entre les hommes comme des prémices pour Dieu et pour l'Agneau".

C'est une époque où le mysticisme travaille l'âme russe., et en  quelques temps, ces disciples se comptent par dizaine de milliers. Ils se recrutent dans toutes les classes de la société et montrent une effrayante ardeur prosélytiste. Même le palais impérial de Michaïloff est le siège de mutilations caractéristiques effectuées sur des femmes de la plus haute noblesse : excision des petites lèvres ou du clitoris et amputation d'un ou des deux seins. Ils engagent des néophytes dans leur secte par l'argent, par la ruse et même par la force, mais aussi par conviction.

Par la suite, on apprendra que les propres neveux du gouverneur de Saint Pétersbourg, des magistrats, des directeurs de la banque d'Etat font partie de la secte. Selivanov réunit tant d'adeptes en un temps record que le tzar s'en émeut et se prépare à réprimer ces hérétiques. Instruit des poursuites préparées contre lui, Selivanov entre dans la clandestinité. Le pouvoir de séduction des skoptzy est tel que lorsque son principal disciple Yvanovichi est arrêté et bousculé dans la forteresse de Tiga, il réussi le tour de force de châtrer plusieurs de ses codétenus ainsi que deux de ses gardiens. Transféré dans le fort de Disnansindis, il obtient le même succès dans sa propagande. Le gouvernement fût dans l'obligation de prendre des mesures extrêmes.

Quand Selinov est arrêté à son tour et envoyé en Sibérie, il se déclare non seulement le fils de Dieu, mais également Tzar sous le nom de Pierre III Feodorovich, né en Hollande par l'opération du Saint Esprit de l'Impératrice Elisabeth Petrovna, vierge immaculée. Cette "divine mère" n'est en réalité qu'une bourgeoise de la ville  de Lebedjan se faisant passer pour la femme du Tzar Paul.

A première vue, on pourrait croire qu'une déclaration aussi insolite émanant de la paille des cachots va demeurer sans résonance.  Elle est reprise par tous les sectateurs et Paul III, en 1802, devenu tzar ordonne que lui soit conduit ce curieux prétendant au trône. Selivanov convaincu de mensonce est enfermé dans un asile d'aliénés, puis soudain  remis en liberté. Il s'établit dans un palais de Saint Pétersbourg, ce qui va accréditer la légende selon laquelle il est effectivement ce qu'il prétend être.

Cet épisode donne une couleur politique de la secte. En 1806, le nouveau tzar Alexandre 1er promulgue un ukase contre les skopotzy "ennemis des lois divines et humaines, destructeurs de toute morale et ennemis du genre humain".

Une nouvelle fois, la secte replonge dans la clandestinité, mais reste puissante En 1832, Selivanov meurt en captivité et la secte est tellement persécutée que de nombreux skopotzy émigrent, particulièrement en Roumanie. Ils y constituent d'importantes colonies. Notamment à Jassy, à Galatz et à Bucarest où la secte va répandre l'argent avec tant de munificence que la justice roumaine elle-même ne sais y résister.

Les skoptzy continuent leur prosélytisme. En 1865, il existe 1 609 fidèles skoptzy des deux sexes à Bucarest. En 1871, ils sont 8 375, ce qui montre un accroissement spectaculaire. Généralement, elle offre comme prime de conversion six chevaux et deux voitures. Ceci explique pourquoi encore avant la première guerre mondiale, tous les cochers de fiacres roumains  sont des eunuques skoptzy.

Jusqu'à la seconde guerre mondiale, tout porte à croire que les skoptzy poursuivent leurs étranges pratiques. On prétend aujourd'hui encore, traqués comme il se doit, ils n'ont pas désarmé et que certains d'entre eux ont réussi à subsister, tant en Russie qu'en Roumanie ; que d'autres, au cours de nouvelles et mystérieuses émigrations, entendent bien reconstituer leur société.

 

 Sources :

. Martin Monestier - collection Documents - Editions Cherche Midi .

Anatole Leroy-Beaulieu, l'empire des Tsars (Eng. transport., 1896), vol.. iii.;