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Le Birobidjan :

Est un Oblast, c'est-à-dire une région autonome à l’intérieur d’un pays en attendant la création d’une nouvelle république rattachée à l’URSS.

Histoire :

Le Birobidjan a été créé par Staline en 1928, terre promise de l’histoire donnée aux juifs 2 000 ans après la bible et 20 ans avant la création de l’Etat d’Israël.

Après la Révolution d’Octobre en 1917, les juifs sont reconnus comme une nationalité au sein de l’URSS. Mais alors que les nationalités soviétiques ont normalement un territoire, les juifs n’en ont pas. En 1928, Staline décide donc de créer un foyer de peuplement juif au Birobidjan afin de faire une sorte d’Etat Juif avec le Yiddish comme langue officielle, langue vernaculaire par excellence, au détriment de l’Hébreu à connotation religieuse et sioniste (qu’en fait peu de personnes parlaient hormis les lettrés).

Cette province à la frontière de la Mandchourie, lovée dans les méandres du fleuve Amour, inhospitalière et glaciale, les températures pouvant descendre jusqu’à  moins 50 degrés est l’une des plus démunie et lointaine d’asie. Elle est censée répondre aux revendication de la communauté juive qui subit alors persécutions et pogroms. Déclaré « Unité Autonome Juive » en 1931, le Birobidjan est promu (Région Autonome Juive » trois ans plus tard soit en 1934.

En 1928, malgré de nombreux points faibles, cette République Autonome Juive a bénéficié d’un vaste mouvement de propagande vantant auprès des juifs cette nouvelle terre promise où toutes leurs aspiration pourront s’épanouir, ceux-ci ont du reste fortement été encouragés à s’y installer à grand renfort de primes.

En effet, le Comité Central exécutif de la République de Biélorussie considère comme une nécessité d’accorder une attention toute particulière à la terrible situation des masses ouvrières juives dont l’accès à plusieurs branches du travail productif avait été fermé par des restrictions et des persécutions depuis des siècles.

- Les juifs étaient parqués dans les provinces de « la zone de résidence » mais même dans ces provinces, il n’avaient pas le droit de résider hors des villes, des bourgades et n’avaient pas été admis dans la fonction publique, dans le travail des chemins de fer et l’industrie lourde. De plus, ils n’avaient pas le droit d’acquérir de terres, ni de vivre dans des villages (hormis les villages juifs : schtlet). Ils ne pouvaient que s’adonner aux commerces et à l’artisanat.

Les combats révolutionnaires juifs, ont suscité les persécutions acharnées du Gouvernement Tzariste. Sans droit libre de circulation, sans cesse en quête d’un morceau de pain, la populations juive s’agglutinait de plus en plus dans les villes et les bourgades et, sombrait toujours plus dans une terrible détresse.

La guerre civile, l’exil et l’errance, et enfin les pogroms aboutirent à l’appauvrissement de la masse juive jusqu’à l’extrême limite de la misère. A cela s’ajoute chaque année, aux milliers de victimes de guerre, d’autres victimes des pogroms et de la Contre Révolution. Sans moyen d’existence, obligés de s’offrir à la spéculation, la contrebande et/ou la mendicité -

Le développement de l’industrie est encore lent. C’est le travail agricole qui revêt une importance particulière. Parmi les masses juives ouvrières on remarque un attrait toujours plus grand pour l’agriculture.

Un plan prévisionnel ouvrant l’année 1927 à 1936 prévoyait l’insertion dans l’agriculture de 100 000 familles juives soit un demi-million d’individus.

En offrant ainsi une terre au peuple juif, on ne pouvait accuser le régime soviétique d’antisémitisme. De plus, contestée par la Chine voisine, il était nécessaire de peupler et de développer cette région où tout était à faire. Enfin, les nombreux intellectuels juifs ainsi éloignés de 7000 km de Moscou devenaient moins dangereux et consacreraient à en point douter leur nouvelle existence au travail agricole. C’était du moins ce que pensait Staline.

Bien qu’implantée loin de tous les lieux liturgiques de la communauté juive de Russie, des milliers de personnes décident cependant de partir s’y installer. Très vite les premiers immigrants sont rejoints par de nombreux autres, venus de France, des Etats Unis ou encore d’Amérique du Sud (juifs pour une partie et non juif pour une encore plus grande partie). Le premier « Etat Juif » sort de terre, des maisons se construisent par centaines, des routes sont tracées. Durant les premières années, la différence culturelle est encouragée : la vie artistique y est féconde, les écoles juives se multiplient, un théâtre juif est créé, une synagogue y es érigée, et on publie même un journal en yiddish, « l’Etoile du Birobidjan ». Un journal de deux pages certes, mais un journal quand même qui paraît régulièrement. Le kolkhoze Waldheim devient l’un des plus exemplaires de l’Union Soviétique. Mais même si la population juive frôle dans sa meilleur période environ 30 000 âmes, on restait très loin du demi-million qu’espérait Staline.

 

Le Déclin :

En 1930 les purges Staliniennes déciment les personnalités les plus motivées du Birobidjan et fait sombre la jeune région dans le délabrement. En 1939, seul 25 % des juifs de la République Autonome habitaient à la campagne, car un grand nombre de sols s’étaient révélés marécageux et/ou impropre à la culture. Les colons issus pour la plus grande majorité des villes rechignaient en outre à apprendre un nouveau métier dans un environnement hostile, préférant se concentrer dans la capitale. Par ailleurs la mystique du retour des juifs à la terre, perdit de son  importance quand les plans quinquennaux tournèrent vers l’industrialisation de l’URSS. La population juive tomba à 18 000 des 109 000 habitants de la région.

Pendant la seconde guerre mondiale, des réfugiés juifs s’y installent fuyant le front de l’Ouest. De 1946 à 1948 grâce à une vague de propagande lancée par le Comité Antifasciste, quelques milliers de juifs s’y laissent attirer. De 1948 à 1949 et bien que la  population juive atteigne 30 000 personnes, et suite à la terrible vague d’antisémitisme de la fin du régime stalinien (1947-1953). les écoles et le théâtre sont fermés. Quelques années plus tard la synagogue est brûlée. Toute revendication identitaire ou religieuse passe pour une entreprise contre-révolutionnaire. En 1948, la création de l’Etat d’Israêl mettra un terme définitif à cette République Autonome Juive.

Malgré des tentatives d’aides financières sous Gorbatchev la majorité des juifs qui restaient dans l’oblast émigra après la chute de l’URSS en 1991. Les traces du judaïsme qui restaient encore étaient très minces. En 2002 il ne restait que 2 327 juifs sur une population de 190 915 habitants, une synagogue et une journal écrit en yiddish : « l’Etoile du Birobidjan ». En 1991, l’oblast est passé de la juridiction du Kraï de Khabarovsk à la juridiction de la Fédération.

 

De nos jours :

Le Birobidjan comme le phénix semble renaître de ses cendres. Depuis 2004 on constate plus d’arrivées que de départs. Les écoles ont réouvert, une école du dimanche été créée, ainsi qu’une université nationale juive. Des clubs de jeunes et du troisième âge ont vu le jour ainsi qu’une troupe de danse et de théâtre, une chorale et un festival de la culture juive. Le journal : l’Etoile du Birobidjan » existe toujours même s’il est publié en Russe et n’offre plus que 4 pages en yiddish. L’apprentissage du Yiddish se multiplie dans la région, même pour les enfants qui ne sont pas de confession juive. Cependant, l’enseignement supérieur est dispensé en Russe et la maîtrise de cette langue exigée eu égard aux différents emplois. Un nouveau rebbe est arrivé d’Israël avec sa famille et a entrepris de faire connaitre leurs racines aux quelques juifs survivants.

 

Sources : Histoire juive de la Révolution à l’Etat d’Israël (René Neher-Bernheim)

                    Akadem

                    Gen Ami