MZP

Est une langue parlée par les juifs askhenazes,  c’est-à-dire par les juifs d’Europe du Nord puis, essentiellement ceux que l’on appelait les juifs de l’Est (Allemagne,  Europe Centrale et Orientale).  Langue errante et vernaculaire par excellence,  le yiddish a émergé au moyen âge aux alentours du 13ème siècle. Elle s’apparente à de multiples dialectes germaniques venus se greffer sur des bases d’hébreu, d’araméen et d’ancien français. La première inscription en yiddish date de 1242 et provient d’un fragment de prière qui se trouve actuellement à la bibliothèque d’Israël. Le premier texte littéraire en yiddish est le manuscrit de Cambridge en 1382. Le yiddish peut s’écrire de deux façons. Pour les puristes, on utilisera des caractères hébraïques, pour les plus « modernes » des caractères latins.

Au 14ème siècle, suite aux nombreuses persécutions dont ils font l’objet en Europe Occidentale, les juifs remontent massivement en Europe Centrale (Bohême, Pologne, Lituanie, Hongrie, etc…). Le yiddish  se transforme en profondeur au contact de ces cultures et s’enrichit alors  de locutions en langues slaves : Tchèque, Ukrainienne, Biélorusse, Polonaise et Russe. Parallèlement, au développement de l’imprimerie, de nombreux textes en yiddish sont édités, le plus souvent des bibles et des ouvrages religieux.  Il faut préciser que les femmes n’avaient pas accès aux études religieuses, réservées aux hommes, et que pour elles, seuls les livres de prières écrits en yiddish leur étaient accessibles. 

Au 18ème siècle,  les populations juives d’Allemagne et  d’Autriche abandonnent le yiddish pour la langue allemande en accord  avec la Haskala (mouvement  de pensée juif, influencé par le mouvement des lumières) d’où le mépris qui s’ensuivit pour ce « jargon » des ghettos, stigmates d’un passé détesté et emblème d’une culture rejetée en bloc comme irrémédiablement obscurantiste.  Néanmoins et malgré la naissance du Hassidisme qui argumente sur la sacralité de la langue hébraïque, donnant le départ d’une littérature d’ambition et de fiction, les intellectuels juifs continuèrent à écrire en yiddish, langue parlée par les couches populaires de la société, afin de continuer à diffuser leurs idées au plus grand nombre, ce qui ne les empêche pas de s’en prendre au Hassidisme perçu comme un frein à la modernisation sociale.  

act0140-theatre-yiddish

 

Au 19ème siècle L’industrialisation et l’urbanisation des populations font du yiddish la langue du prolétariat juif et favorisent  la sécularisation de la culture traditionnelle.  La presse écrite et le livre, diffusés en masse à des prix abordables deviennent accessibles à l’ensemble de la communauté. Les troupes de théâtre se multiplient.  A la fin du 19ème siècle, la lutte pour le développement du yiddish est entreprise avec ferveur par le BUND (mouvement ouvrier juif). Cette langue parlée par les communautés juives d’Europe Centrale et Orientale se répandra dans le monde, principalement  en Amérique du Nord avec les vagues d’immigration de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle (dues principalement aux pogroms incessants dans toutes ces régions). 

Le 19ème siècle voit naître également une langue : la Klal  shprakh, avec une grammaire normalisée et un enseignement universitaire. Elle est fondée sur le yiddish lituanien. Cette langue a pour objectif de «lisser » les différences entre les dialectes et donne au yiddish  une plus grande uniformité et respectabilité.  A cette époque le yiddish intègre dans son vocabulaire de nombreux mots issus du grec ou du latin, dans le lexical politique, technologique ou scientifique.  Samuel Joseph Finn (1820-1890 avec d’autres auteurs lituaniens ont créé les fondations de l’historiographie de la littérature juive en yiddish. 

Le yiddish grâce à une langue stabilisée dans sa forme, devient un outil de création littéraire intimement lié à la tradition religieuse. Mendele Moîcher Sforim, Sholem Aleykhem, Isaac Leib Peretz donne à la littérature yiddish ses lettres de noblesse. Le yiddish est revalorisé, sa littérature s’ouvre sur le monde et suit le 20ème siècle. 

Le yiddish a toujours eu son importance pour les juifs de l’est. Obligés de résider dans des endroits spécifiques décidés par le tzar et/ou le gouvernement en place, ces zones appelées  shetelt  (bourgade juive) dans les campagnes et  zone de résidence en ville, n’étaient pas clos de mur, mais regroupaient les populations juives d’une région. Bien souvent  ces populations écartées des non juifs (goys) vivaient en marge et ne parlaient pas la langue du pays dans lequel ils résidaient. Le yiddish était la seule langue qu’ils connaissaient et qui leur permettaient de se faire comprendre des autres juifs vivant ailleurs, dans d’autres régions ou pays. 

En 1934 Staline crée  Le Birobidjan une région autonome juive  situé à l’extrémité orientale de la Russie, à  la frontière Russo-Chinoise. Les juifs sont vivement encouragés à s’y installer. Au début, la région autonome accueille des milliers de personnes, qui devaient y organiser une certaine vie nationale juive. L'oblast a une langue officielle : le yiddish, l’hébreu étant considéré alors comme une langue liturgique donc contraire à l’idéologie soviétique, et de ce fait, la vie culturelle en yiddish se développe progressivement : un théâtre juif est créé en 1934, et un journal en yiddish, « L'étoile du Birobidjan » parait régulièrement. Des écoles en yiddish se développent pour faire face à l'afflux de nombreux migrants avec enfants.

Parallèlement, aux Etats-Unis, la littérature yiddish commence à se développer après la 1er guerre mondiale, et ce, toujours en raison des pogroms, des changements de frontières : régions anciennement polonaises devenant  hongroises, russes et/ou allemandes, etc… ce qui engendra de grands déplacements de populations. Isaac Bashevis Singer  Qui émigra aux Etats-Unis en 1935 et obtint le Prix Nobel de littérature en 1978 en est le plus illustre représentant. 

Le yiddish étant proche de l’allemand, il est tout naturel  qu’un Allemand et un Juif de l’Est se comprennent mutuellement même si certains mots d’origines slave ou hébraïque nécessitaient au juif de trouver d’autres mots pour se faire comprendre, car même si les concordances du yiddish avec l’allemand sont  nombreuses, les différences sont importantes.  Dans tous les cas, une personne parlant  allemand  pouvait aisément circuler  dans certaines parties de l’Europe de l’Est. 

 

yiddwelt (2)

A la fin des années 1930,  environ 11 millions de personnes parlaient le yiddish et principalement en Europe (Russie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Hongrie).  Dès 1940 de nombreuses collections ancienne juives au caractère précieux, des documents d’une valeur inestimable, des incunables,  des camions entiers de livres religions ont été détruits. La Shoa de la seconde guerre mondiale, a pratiquement anéanti le monde juif, sa culture et le yiddish. 

Entre les années 1940-1950 les purges soviétiques vont bon train et une féroce répression s’abat  sur les intellectuels et les locuteurs du yiddish. En 1948 toutes les écoles juives sont fermées y compris les orphelinats, jardins d’enfants et classes juives de Lituanie, Biélorussie et d’Ukraine.  Toutes les collections de folklore, de dialectologie des institutions académiques juives de Minsk et de Kiev sont détruites. Les auteurs yiddish interdits, y compris au Birobidjan. 

Mais depuis quelques années, le yiddish semble renaître de ses cendres. La Maison de la Culture Yiddish – Bibliothèque Medem à Paris participe à la mémoire juive et dispense divers cours : de langue, de littérature, et t organise différents ateliers : théâtre, concerts,  chants, rencontres avec des écrivains et des traducteurs, etc…pour adultes et enfants.  Le musée d’Art du Judaïsme à Paris, organise des concerts de violons à prix très réduits par rapport à l’Opéra, voire même certains sont gratuits (réservations à faire très à l’avance).