Nous sommes à genoux sur notre lit, nus, mon amour a les yeux baissé. Il me laisse le contempler, ses bras sont ballants à ses côtés. Il est beau, pudique après 2 ans et demi d’intimité. Sa peau est couleur pain d’épices, ni trop foncée ni trop clair. Deux petits grains de café étirés perdus dans un duvet soyeux marquent l’emplacement des seins. Ses côtes sont un peu saillantes, le nombril légèrement ressorti fait penser à un bouton poussoir, que j’ai malgré moi, envie de presser. Son ventre respire et se rétracte en rythme, à chaque effleurement de mes mains. Plus bas, la fesse haute, rebondie et ferme et, surmontée d’un léger gazon dont je refuse qu’il soit tondu, une branche fine mais solide, adorable de candeur, terminée par un bourgeon qui se laisse entrevoir.Les fruits ne semblent faire qu’un, mais après quelques frémissements de la branche reposant dessus, et l’apparition du bourgeon dont la timidité a été vaincue par les émotions de son propriétaire, les voilà qui gonflent et murissent pour se montrer à deux. Bien accrochés à leur support, ils deviennent chauds, fermes et lourds.
Je le force à me regarder, il n’a pas de honte à avoir, nous sommes amis et nos nudités nous appartiennent. Il finit par relever les yeux et me regarder dans ce que j’ai, moi aussi, de plus intime, et de changer. Ce qu’il voit lui plait à n’en pas douter et j’en suis fier. Il m’a fallu tant d’années, de larmes et de souffrance, pour l’acquérir.
Nous sommes si différents et si complémentaires. Je suis non pas coléreux, mais colérique. Il est d’un calme olympien. J’accorde ma confiance une fois, pas deux. Il est prêt à pardonner et à croire tout ce qu’on lui raconte si l’on y met les formes. Je suis revanchard, il est je m’en foutiste. Il est fin de traits et d’esprit, ce qui n’est pas toujours mon cas. Il est timide, réservé, et fait souvent preuve d’empathie. Je suis un peu expansif, avec une furieuse tendance à foncer, peut importe ce qui se trouve devant et, je suis plus « dur ». Il est souple et docile. Il m’arrive d’être vindicatif et intransigeant. Bien que sociable, il n’aime pas les imprévus, et se trouver en société, et ce à contrario de son métier, ce qui m’oblige à souvent, trop souvent à mon goût jouer les intermédiaires. Mais c’est sans doute ce qui fait dire que les contraires s’attirent.
C’est en le regardant, dans toute sa nudité nue, que je m’aperçois de ce qu’il représente depuis qu’il est entré dans ma vie et de tout le chemin parcouru. Sans rien faire de particulier, il m’a fait changer au point que revenir en arrière me semblerait irrréel, douloureux…